EXTRAITS DE CONFERENCES, PENSÉES, PRESENTATIONS D'ŒUVRES, ANECDOTES

VIVRE ...

S'imprégner de chaque évènement et de chaque rencontre comme si cela devait être la dernière impression perçue... Se nourrir des images et des sons, des couleurs et des parfums, des mots et des regards... Absorber jusqu'au trop plein les vagues d'émotion qui nous atteignent... S'immerger totalement dans l'univers qui nous entoure et se laisser porter par les courants qui nous assaillent... Recevoir les messages des autres et apprendre à saisir les expressions vraies...Alimenter sa propre démarche par la découverte d'autres approches artistiques... Eviter les pièges de l'écriture gratuite où la démonstration technique prend le pas sur l'expression musicale...Apprendre à donner, à se livrer sans retenue et de la façon la plus authentique... Construire un langage où l'émotion dominera sans cesse, toujours perceptible au travers des voiles et des « trompe-l'oreille » de l'écriture musicale... Respecter l'auditeur en ne cédant jamais à l'effet facile dont on sait par avance qu'il aura la faveur des publics... Savoir éliminer tout ce qui ne sera pas l'expression juste, la note exacte et essentielle... Prendre le risque de dévoiler, au travers de la fragilité des sons et des notes, ses sentiments les plus intimes afin que la musique soit véritablement porteuse des émotions les plus fortes.

INFLUENCES, UNIVERS MUSICAL

Les Paysages Imaginés : importance de l'environnement sur mon travail (mer, campagne) et des atmosphères que je tente de fixer. Recherche d'un état de paisibilité, par et pour une écoute du doux, des tremblements paisibles... Importance de l'influence de la littérature et de la poésie pour l'atmosphère et les états qu'elles suscitent. Herman Hesse « Föhn », Saint-John Perse « Aux lisières du songe », Jean Giono « Au plein des terres hautes », Holderlin « Des cités haut dressées au-dessus du rivage », Eiji Yoshikawa « Aru natsu no kaze », « haiku », Pablo Neruda « Llegara el dia »...
Importance de la peinture en général, de la peinture abstraite en particulier et du vocabulaire commun aux deux modes d'expression : couleurs, harmonies, équilibre, plans, transparences.

QUELQUES ÉLÉMENTS DU LANGAGE MUSICAL

  • Plusieurs types d'accords sont utilisés :
    • 1) les clusters éclatés sur tout l'ambitus des instruments
    • 2) les accords construits à partir des harmoniques (halo harmonique cher à Jean-Claude Risset)
    • 3) univers total chromatique, accords de 12 sons, ou accords complémentaires ou accords de 11 sons dans lesquels il manque 1 son, ce son manquant est « entendu » à cause de son absence (Webern : «lorsque le 12° son est apparu j'ai su que la pièce était terminée»).
  • Recherche d'une écriture sans mélodie, période de fuite de la mélodie, volonté de rupture avec les années d'études (contrepoint). Plus tard attirance pour les mélodies sans fin, également attirance pour les mélodies descendantes (influence de J.C. RISSET avec Little Boy ?) produisant une impression de chute sans fin. Utilisation de modes ou d'échelles changeants sans cesse sur les 12 sons. Emboîtements de fragments mélodiques suivant des combinaisons numériques qui organisent ce tuilage.
  • La stabilité dans l'instabilité
    • 1) Distribution des accents suivant des combinaisons numériques qui privilégient les nombres premiers. Cette distribution entraîne un déplacement continu des accents (ex. : 11/17/19 cellules en croches, pas d'accent commun aux trois cellules avant la 3553° croche après le début de la première cellule !). Il est possible de masquer ce procédé en décalant les cellules ou en supprimant des notes dans les premières cellules (entrées décalées). Comme dans les mélodies sans fin la distribution des timbres met en valeur cette organisation de l'accentuation, mais celle-ci est difficilement perceptible par l'auditeur...
    • 2) Les rencontres rythmiques aléatoires mouvantes avec des valeurs égales à l'intérieur de chaque cellule, mais la distribution des valeurs (ex. : 5 blanches pointées et 11 croches) permet des superpositions toujours différentes. Une certaine complexité rythmique est ainsi obtenue en superposant des éléments rythmiques relativement simples.
  • Attirance pour les sons harmoniques (cordes), écriture d'accords en sons harmoniques. Exploitation des résonnances qui mettent en valeur le halo harmonique guitare : Au-delà des nuages, El corrazon disperso, piano : Sulafat). Intérêt pour les voix parlées, murmures, chuchotis... Effets de percussions lointaines (archets, utilisation des doigts sur le bois, embouchures, « slap » à la flûte, clarinette ou au saxo). Recherches sur un son pur qui va de pair avec une relative économie de langage (influence de Takemitsu ?).
  • Etirement du temps musical, étirement des valeurs, élasticité,, recherche d'une impression de temps suspendu. Valeurs relatives, durées étirées qui se chevauchent, se superposent, se tuilent. Utilisation presque systématique de l'accelerando/rallentando qui insuffle une dynamique sans recourir à un découpage rythmique précis et très strict. Volonté de ne pas terminer soudainement une pièce, une séquence ou un mouvement, effet de disparition déjà présent dans certaines de mes premières pièces.
  • Désir de rendre les partitions accessibles, compréhensibles au premier abord par l'interprète. Importance de l'organisation de la partition qui doit permettre d'entrer immédiatement dans la musique. Utilisation de ce que Pierre Thilloy appelle « space notation », i.e. des éléments d'écriture graphique.

CITATIONS, PENSEES

Lorsqu'aux périodes de tension et de doute succèdent des moments d'apaisement, il m'arrive souvent de penser au pays de Haute Provence où la nature rude et austère sait avoir la grandeur pacifique des matins nappés de brume bleutée sur les collines du Luberon.

« Moi, tout à l'heure, j'ai vu, là-haut, au milieu de la nuit, un grand serpent d'étoiles ! Il suffit d'imaginer... Des étoiles et des soleils, et de grandes étoiles filantes qui mettent le feu dans tous les coins et de belles étoiles du berger qui montent dans le calme de la paix. Un vaste ciel tout bleu comme le ciel de la terre avec un soleil, et des orages, et de gros éclairs méchants.
Ensemble dans le soir tranquille volent notes de l'Angélus chauves-souris et hirondelles. »

Jean GIONO

A propos de « Le jeu de l’illusion » quatuor de guitares (1982)

Jeux d'attirances, d'écho et de résonnances...
Passage permanent du matériau musical d'un instrument à l'autre...
Illusion d'entendre une cellule mélodique jouée « ici » alors qu'elle est déjà passée « ailleurs » en se transformant...
Ecriture en miroirs mettant en valeur l'ambitus de la guitare et la palette de couleurs de l'instrument... Etirement du temps...
Superpositions rythmiques et métriques irrégulières qui contribuent à installer une « instabilité organisée »
Traits « fusée » qui s'entremêlent sans qu'il soit possible de discerner réellement qui fait quoi...
Timbres proches et pourtant différents, souvent difficilement discernables à l'écoute...

A propos de « Föhn » clarinette ou clarinette basse et live electronic (1986)

«Vent venu de l'ouest dans le nord des Alpes, la Suisse, le sud de l'Allemagne, le Piémont... il descend des hauteurs dans les vallées et le plat pays, entraînant une augmentation exceptionnelle de la température, une extrême transparence de l'atmosphère... il provoque la fonte des neiges et donne un véritable temps de printemps en l'espace d'une nuit.»
Chanté par les poètes romantiques il rend, dit-on fou et... amoureux.
Le souffle devient son, se noie dans les trames éléctroacoustiques... Attirance des timbres, foisonnement de la matière, multiplication de micro-évènements sonores, contrepoint acoustique et électronique... apaisement des tensions vers un climat d'équilibre.

A propos des « Haiku » flûte (1999)

Neige limpide passerelle du silence et de la beauté
C'était cela un haiku quelque chose de limpide
De spontané de familier
et d'une subtile ou prosaïque beauté


Musique de neige Grillon d'hiver sous mes pas

Ne rien enjoliver.
Ne pas parler.
Regarder et écrire en peu de mots.
Dix-sept syllabes.
Un haiku.


C'est le moment de dire l'indicible.
C'est le moment de voyager sans bouger.
C'est le moment de devenir poète.


La poésie n'est pas un métier. C'est un passe-temps.
Un poème c'est une eau qui s'écoule. Comme cette rivière.


C'est ce que je veux faire.
Je veux apprendre à regarder passer le temps.


HAIKU : court poème japonais en 17 syllabes (5/7/5)
Ces cinq courtes pièces composées en 1999 pour flûte peuvent être jouées par toute la famille des vents (hautbois, clarinette, saxophone...) et l'ordre de leur exécution est laissé au libre choix de l'interprète. Comme les Haiku japonais, épigrammes impressionnistes de 17 syllabes considérés comme un mode d'expression complet en soi, ces pièces sont pour moi une tentative d'épuration.
Fasciné par la littérature, la poésie et la graphie japonaise, je suis très attiré par la démarche de Toru Takemitsu et son rapport à la nature. Les environnements naturels sont très souvent pour moi à l'origine de l'écriture musicale et nombreux sont les titres de mes pièces qui font référence à des atmosphères particulières, notamment en Haute-Provence (« Au-delà des nuages... », « Il viendra des nuits douces », « Au plein des terres hautes », « Aru natsu no Kazé », ce qui signifie « d'un vent de nuit d'été »...le Japon déjà en 1999 !
Dans le cas précis des Haiku il n'est pas question d'une atmosphère particulière ou d'un lieu mais simplement d'un état de simplicité, en souhaitant que l'auditeur se laisse porter par ces quelques notes et entre dans un univers de paisibilité. « Aux lisières du songe », pour voix et guitare, écrite peu avant les Haiku, allait dans le même sens, faisant référence à un moment, un lieu où on est bien et où on voudrait rester... Peut-être est-ce la pratique un temps de l'éléctroacoustique qui m'a amené à changer mon écoute et à sélectionner plus finement le matériau musical afin de ne garder que l'essentiel ?
J'ai voulu ici écrire de courts poèmes musicaux en évitant les notes « inutiles », les développements et les bavardages.
La texture même de la musique, du matériau mélodique, exige de l'interprète un travail sur le son afin de se rapprocher de la pureté absolue.
L'écriture de ces pièces a été l'occasion de poursuivre une collaboration avec le plasticien Claude Morin St-Georges, originaire du Québec, qui a travaillé de son côté avec le même souci d'épuration, à la manière des graphistes japonais, sur le thème du cercle.


A propos de « La nébuleuse du voile » piano (1992)

Aux confins de la galaxie, au cœur des constellations du Cygne et de la Lyre se profile une nébuleuse difficilement visible parmi les amas stellaires. La brillance des étoiles dissimule ainsi à nos yeux les contours exacts de la Nébuleuse du voile.
Nébuleuse...comme un sentiment diffus et trouble que l'on hésite à nommer.
Voile...comme si, caché par de multiples transparences superposées, il était difficile de définir clairement l'objet de sa quête.
Aux étoiles Aladfar, Sadr, Sulafat qui donnent leur titre à chacune des pièces j'ai voulu associer des adjectifs qui caractérisent la notion d'insaisissable, d'impalpable, d'inaccessible qui est en chacun de nous et qui s'éloigne dès que l'on pense enfin l'avoir atteint.
Aladfar, lumineuse et sereine
Sadr, lointaine et changeante
Sulafat, secrète et mystérieuse

Oublier la technique et laisser parler l'émotion... Après des centaines d'heures de travail sur le papier savoir revenir à l'intuition première, la note juste, celle dont on sait sans vraiment pouvoir l'expliquer qu'elle doit être là...celle qui, parfois dans sa simplicité, traduit le sentiment que l'on a du mal à exprimer avec des mots mais qui transmet la vibration juste, l'émotion que l'on ne veut pas contenir et qui transparaitra dans chacun des sons qui donnent corps à la musique... celle qui, fragile, pourra témoigner du trouble extrême qui envahit celui qui écrit jusqu'à lui faire oublier tout ce qui n'est pas l'expression profonde de ce qu'il ressent...Laisser partir au travers de l'espace les vibrations qui véhiculent les sentiments les plus intimes de celui qu'on appelle musicien et qui n'est qu'un homme...un homme incapable de s'exprimer avec les mots ordinaires, qui ne peut que dire avec des notes et des sons quelles sont ses peurs et ses joies, ses espoirs et ses angoisses, ses amours et ses peines, ses émotions les plus secrètes...


A propos de « Au-delà des nuages » deux guitares (1988)

Londres 1987 : rencontre avec Richard Hand et Tom Dupré, coup de foudre musical mutuel. Ils me demandent de leur écrire un duo.
1988 : les partitions sont expédiées à Londres au fur et à mesure de l'écriture. De longues conversations téléphoniques permettent de préciser les détails. Le titre original « Tucana » devient « Beyond the clouds » puis sur l'insistance de Tom « Au-delà des nuages ».
1989 : Création de la pièce à Londres. Arrivé la veille, une seule répétition, Tom et Richard ont assimilé la partition à la perfection et jouent la musique telle que je l'avais rêvée. Concert, très bon accueil public, interview et long article dans « Classical Guitar Magazine ». Richard et Tom partent en tournée internationale avec la pièce... je suis sur un nuage.

Comme des masses nuageuses qui se modifient, se poursuivent et se fondent les unes dans les autres au gré des vents qui les emportent, les deux parties instrumentales de cette pièce, autour d'un matériau sonore commun, évoluent sans cesse de manière apparemment instable, se rejoignant quelques fois pour se séparer aussitôt, se livrant à une poursuite permanente. Dans chacune des trois parties de la pièce le matériau initial se transforme peu à peu, les deux guitares échangeant les éléments musicaux ou les modifiant.
1991 enregistrement par le duo Arcana (Joël Jegard - Daniel Lavialle).


A propos de « Au plein des terres hautes » 8 violoncelles + 1 principal (1999)

Poursuivant et développant le travail entrepris avec les cordes (quatuor « il viendra des nuits douces ») j'ai toujours le désir d'écrire des musiques imprégnées de ma perception des grands espaces naturels et des atmosphères qui s'en dégagent. « Au plein des terres hautes » est le début d'une phrase extraite du roman de Jean Giono « Le serpent d'étoiles », ouvrage lyrique, évocateur de la vie des bergers sur les plateaux de haute Provence, et que Sylvie Giono, fille et héritière de l'écrivain m'a autorisé à utiliser. Musique, remplie des senteurs, des couleurs, des sons, de la vision des grandes étendues d'herbe ondulant à l'horizon, de l'immensité d'un des ciels les plus purs que l'on puisse imaginer. Elle est un salut au village du Contadour, où vécut l'écrivain, et à tous ceux qui aiment ce pays rude et magnifique entre Lure et Ventoux... Une lumière omniprésente, rosée dans le petit matin et dorée au couchant, presque aveuglante au plus fort du jour, crée un halo de vibrations au-dessus des grandes taches colorées des champs de lavande et des courbes douces des collines.
1) « Cette terre pareille à un morceau de nuit... »
2) « on a vu marcher des collines... »
3) « l'au-delà du vent... »

Octobre 1998 : proposition de l'ensemble « Rondo di cello » pour un projet de pièce pour 8 violoncelles. Je suggère d'y ajouter un neuvième élément. Chantal Darietto-Latil, qui dirige l'ensemble, propose de demander à Xavier Gagnepain s'il accepterait. Cette formation de 9 violoncelles est tout à fait inhabituelle et la notoriété de Xavier Gagnepain m'impressionne beaucoup. Xavier, contacté par Chantal demande à voir la partition avant de donner son accord, elle n'est bien sûr pas encore écrite, ni même esquissée.
Mars 99 : rencontre à Paris avec Xavier qui lit les premières phrases de la pièce sur un coin de comptoir, ces feuillets ont été terminés la veille au soir en prévision de cette rencontre. J'attends son verdict en espérant que les parties solistes lui paraissent « tenir la route » musicalement et techniquement. Après un long silence : Est-ce que je pourrais voir la suite très vite...je crois que le concert est prévu fin juin ou début juillet ? ».
Juin 99 : création dans le cadre du festival de l'Etang des Aulnes. La musique sonne comme je l'espérais !la pièce sera reprise plusieurs fois avec toujours le même enthousiasme et le même engagement musical.


A propos de « Aux lisières du songe » soprano, guitare (1999)

Cette pièce est sous-titrée « Trois fragments de Saint-John Perse ». Ces fragments puisés dans différentes sections de l'œuvre sont pour moi l'expression d'un monde suspendu, d'une Méditerranée rêvée.
Le titre « Aux lisières du songe » est bien entendu extrait de « Amers », mais il est aussi la traduction presque exacte de « To the edge of the dream », titre donné par Toru Takemitsu à son concerto pour guitare et orchestre.

Extraits du recueil « Amers » de Saint-John Perse
1)...aux lisières du songe... « De millénaires ouverte, la Mer totale m'environne. L'abîme infâme m'est délice, et l'immersion, divine. »
2)...à nos confins de mer... « La rose un soir fut sans arôme, la roue lisible aux cassures fraîches de la pierre, et la tristesse ouvrit sa bouche dans la bouche des marbres... » Mais la mer était là, que nul ne nous nommait. Et tant de houles s'alitaient aux paliers de nos cèdres ! Se peut-il, se peut-il-avec tout l'âge de la mer dans nos regards de femmes, avec tout l'astre de la mer...de ce côté du soir...où l'on entend croître la mer...
3)...Mer de Baal, Merde Mammon...
« ô Mer sans âge..., ô Mer sans hâte...ô Mer promesse de toujours...antérieure à notre chant..., ignorance du futur, ô Mer mémoire..., Mer sans régence..., sans arbitre ni conseil... »


A propos de « Des cités haut dressées au-dessus du rivage » harpe, soprano (2000)

Autour de fragments poétiques empruntés à Homère et à Hölderlin, le compositeur poursuit sa quête d'une Méditerranée rêvée au travers d'un nouveau « paysage imaginé ». Cette partition développe un matériau musical caractéristique du langage de Robert Coinel : étirement du temps, éléments mélodiques minimalistes, harmonies construites à partir de clusters éclatés, modes changeants...
Cette pièce fait écho au duo « Aux lisières du songe »

A propos de « Come è forte il rumore dell’alba » guitare soliste et petit ensemble (2003)

Flûtes, clarinettes, violon, alto, contrebasse, percussions
 
Come è forte il rumore dell'alba ! Fato di cose più che di persone.

Lo precede talvolta un fischio breve, Una voce che lieta sfida il giorno.
Ma poi nella città tutto è sommerso. E la mia stella è quella stella scialba
Mia lenta morte senza disperazione.
Sandro Penna

Lever du jour sur la campagne toscane... formes qui peu à peu se dessinent dans la lumière naissante... Depuis les terrasses du vieux village se devinent les collines de Vico d'Elsa et, au loin, dans la brume, San Giminiano et ses hautes tours.
La rumeur monte, se précise et s'amplifie, musique d'un dialecte ancien qui résonne entre les façades de brique rouge au cœur des ruelles étroites. Sur les toits vernissés se reflètent les premiers rayons du soleil.
Certaldo, avril 2002

Le choix des couleurs instrumentales a été guidé par la volonté de mettre en valeur la guitare soliste tout en donnant l'occasion aux autres musiciens d'être solistes chacun à leur tour tout au long des sept sections de la pièce. Mon ambition était d'écrire un concerto pour ensemble de chambre où aucun des musiciens ne serait réduit à un rôle d'accompagnateur. Pour cela il était nécessaire de varier les couleurs en utilisant des modes de jeu caractéristiques. L'utilisation des 3 flûtes (alto, en UT, piccolo) ou de 2 clarinettes (Sib et clarinette basse) jouées successivement par les mêmes musiciens s'inscrit dans cette démarche. L'écriture des parties de cordes (violon ,alto, contrebasse) utilise souvent des notes harmoniques, créant un halo particulier autour des accords de la guitare. L'emploi d'une contrebasse à 5 cordes permet d'étendre le spectre harmonique de l'ensemble en utilisant des harmoniques inexistantes sur la contrebasse standard. La percussion accorde une large place aux claviers (marimba, vibraphone...) mais aussi aux sons résonants, aux bois et aux grenouilles !


A propos de « Juste avant la nuit » guitare, quatuor à cordes (2004)

1) Guitare seule, quiétude d'un moment où la mer calme semble attendre que le jour disparaisse en son sein. Mélodies libres ponctuées d'accords annonçant l'entrée des instruments du quatuor.
2) Harmonies étirées qui évoluent de l'intérieur comme les couleurs se modifient lentement dans le couchant. Embryons de mélodies, accords de guitare dont les résonnances se fondent dans les timbres des cordes frottées tels les nuages qui se désagrègent et se perdent dans les derniers feux du soleil.
3) Guitare seule, bref rappel de l'introduction.
4) Mélodies qui s'entrecroisent mettant en valeur les sonorités du quatuor tandis que des arpèges de guitare se développent puis, suivant un principe de miroir, s'estompent peu à peu...embrasement des dernières lueurs du ciel, disparition de la lumière dorée au-dessus des flots paisibles.
5) Frottements, légères percussions, harmoniques, brèves incises rythmiques perdues dans les sons de l'ensemble, sons ténus... disparition de la matière sonore qui se délite comme s'éteint l'ultime lueur du jour.


A propos de « Coplas » soprano, flûte, piano, violoncelle (2004)

Dans la tradition littéraire de l'Andalousie les Coplas sont de courts poèmes, souvent chantés, de trois ou quatre vers.
Juan Ramon Gimenez et Federico Garcia Lorca en ont écrit un grand nombre et leurs mots se mêlent ici aux Coplas anonymes d'origine populaire. Des vers de Ibn Al-Mou'tazz et de Mouhamad Al-Nawadji ont naturellement trouvé leur place parmi ces textes.
D'une rive à l'autre de la Méditerranée, c'est l'empreinte d'une culture commune qui a guidé l'écriture. Le déroulement du temps musical se veut refléter cet ancrage dans une Méditerranée intemporelle où se mêlent les images et les mots, les couleurs et les parfums, la lumière et les sons.

« Tierra seca » Federico Garcia Lorca
1) Terre sèche... terre paisible... terre ancienne... terre des citernes profondes... terre de la mort sans yeux...vent dans les oliviers... vent sur les chemins... vent sur la sierra.
2) « La pluie...» Ibn Al-Mou'tazz La pluie...Al-Matîrah, d'arbres et d'ombres semée... sur le couvent d'Abdoun tombe à verse la pluie... Déjà m'ont réveillé pour la boisson de l'aube, alors que les oiseaux étaient encore au nid, Les voix des moines orants à la robe de nuit ouverte sur la peau, tout à leurs psalmodies.
3) « Hablan las aguas » Juan Ramon Gimenez Lloran las aguas Hablan y lloran las aguas lloran Bajo las adelfas, las adelfas blancas Cantan las aguas, cantan ls aguas y lloran, Lloran las aguas lloran las almas Lloran las emparedadas almas.
4) « Se perdre dans ses yeux » Mouhamad Al-Nawadji L'éclat de son visage surpasse celui du soleil... dès qu'il paraît s'efface au ciel nocturne la face resplendissante de la lune... rêve-t-il de se promener en quelque riche jardin ? il lui suffit d'élever le miroir à la hauteur de se yeux... et de se perdre ... en ce paysage.
5) « Rosas y claveles » anonyme. Por tu mirada, una rosa ; por dos claveles, un beso, Cuando quieres, salerosa, Que te dé todo mi huerto ? Es mas fino mi querer Que la esencia ddel jazmin, De la rosa y del clavel. De rosa y claveles Y de aldhelies Te se yena la boca Cuando tu ries.


A propos de « Le vent se lève sur la Redoune » violon, piano (2004)

Musique de ciel et de nuages, d'herbe et de vent, de silence et de lumière...
Dialogue du chant des insectes et du bruissement des arbres...
Temps suspendu au cœur d'une nature grandiose...
Souvenirs d'un pays rude et magnifique, les plateaux de Haute Provence...
Le vent se lève, l'ami Christian, compagnon de randonnées à cheval s'en est allé...

A propos de « Autour de la Redoune » quatuor à cordes, piano (2005)

et « Autour de la Redoune » violon, flûte, clarinette, violoncelle, piano.

Ces deux partitions sont des extensions de la pièce « Le vent se lève... », le matériau initial est identique, les parties additionnelles dessinent un contrepoint au discours du premier violon et enrichissent les harmonies originelles.

A propos de « Eclipse » basson, piano (2005)

Violence d'un cri, comme l'affirmation d'une présence qui se refuse à disparaître...
Lueur lointaine à travers des voiles qui en occultent la perception....
Fragments clairsemés en éléments épars d'un discours balbutiant jusqu'à se taire...

Passage progressif de la lumière aux ténèbres, du présent à l'intemporel...
Le matériau musical dense et tendu évolue peu à peu par attraction mutuelle en strates entremêlées de mélodies qui se raréfient, fragiles, ponctuées d'harmonies lointaines...jusqu'à extinction... puis renaissance.

A propos de « Safran » flûte piccolo, piano (2005)

Du jaune soutenu au rouge/brun en passant par l'orangé transparent, la couleur évolue, la matière s'enrichit, se densifie sous l'effet de la lumière...
De l'étincelle à l'embrasement...un feu qui court de la découverte à la passion...
un sentiment qui grandit jusqu'à occuper l'espace intérieur...
une couleur secrète.

A propos de « Les âmes errantes » flûte (2006)

Cette pièce est dédiée à l'organisation Amnesty International.

Accessible aux musiciens du niveau 2° cycle des Ecoles de Musique cette pièce permet d'aborder différents modes de jeu en laissant une grande liberté à l'interprète dans la recherche des sonorités. La notation en valeurs relatives accorde au musicien une part de latitude importante dans l'organisation du temps. Cet aspect ludique de la partition ne doit toutefois pas occulter le climat général de la pièce, souligné par les titres des deux parties : « les âmes errantes » et « les douleurs enfouies », qui évoquent la mémoire de tous les disparus victimes de l'oppression et de la barbarie.

A propos de « L’Erevine » piano (2006)

Une eau transparente traversée de reflets turquoise qui colorent les roches d'une blancheur éclatante...Vibration de la lumière, mouvement incessant de la houle légère...Cri des goélands mêlé au bruit des vagues sur la grève...
Une île minuscule...tout près...

A propos de « Là-bas au bord des fleuves de Babylone » chœur, flûte, clarinette, violoncelle (2007)

Pièce écrite pour le Festival « Chants sacrés en Méditerranée », cette année-là sur le thème de l'exil.

Psaume 137 ; la sainte Bible, éd. Edilec, trad. Pirot et Clamer
Sur les bords des fleuves de Babylone
Nous étions assis en pleurant au souvenir de Sion
Aux saules qui s'y trouvaient, nous avions suspendu nos lyres
Alors ceux qui nous avaient déportés nous demandaient des chants,
Nos ravisseurs nous demandaient des accents de joie :
Redites-nous donc des chants de Sion !
Et comment chanterions-nous l'hymne de Yahweh sur la terre de l'étranger !
Si je t'oublie Jérusalem que ma droite se dessèche !
Que ma langue s'attache à mon palais si je cesse de songer à toi,
Si je ne mets pas Jérusalem au-dessus de toutes mes joies !
Yaweh, souviens-toi, contre les fils d'Edom, du jour de Jérusalem ;
Alors qu'ils s'écriaient : Détruisez, détruisez-la, jusqu'en ses fondements !
Fille de Babylone, la dévastatrice, heureux qui te rendra ce que tu nous as fait,
Heureux qui saisira tes petits enfants et les écrasera contre le roc.

Universalité des sentiments de souffrances, d'écrasement, violence de la soif de vengeance, quel que soit le peuple ou l'être exilé.

A propos de « Jusqu’aux rives lointaines » clarinette, piano (2008)

Sur l'horizon une brume transparente filtre la lumière...
Le bercement d'une houle légère invite à la rêverie...
De douces vagues grossissent peu à peu et viennent s'éteindre sur les galets de la grève...
L'écho étouffé de rumeurs étrangères aux accents inconnus résonne au loin, souvenirs imaginés de contrées mystérieuses...
Désir d'ailleurs...envie de découvrir de nouveaux rivages...

Version pour soprano, clarinette, piano
Poème de Saint John Perse (extraits)
C'étaient de très grands vents sur la terre des hommes
C'étaient de très grands vents à l'œuvre parmi nous
Qui chantaient l'horreur qui chantaient l'honneur de vivre
Nous chantaient au plus haut faîte du péril
Et nous conduisaient sur les flûtes sauvages du malheur
Hommes nouveaux à nos façons nouvelles

A propos de « Les couleurs du Caramy » flûte, clarinette, piano (2009)

« Nocturne »

Composé pour le XXV° anniversaire de l'Association de Sauvegarde du château de Vins.

Le Caramy coule au pied du château. D'abord retenue calme et silencieuse, puis chute légère et cristalline. Sous le vieux pont les eaux se rassemblent, se superposent, contournent quelques arbres, heurtent sans violence quelques rochers, et courent, au-delà de la vue, au-delà de l'ouïe... ailleurs...

Comme les eaux de la rivière les timbres des instruments se superposent en un « tuilage» fluide respectant cet instant poétique et mystérieux du crépuscule.
Méditation, intimité, écho d'une confidence...
L'obscurité semble absorber les sons...

Cette pièce est la dernière composition de Robert COINEL.